EDITORIAL


Un projet expérimental et contextuel

Pourquoi accorde-t-on si peu d’attention à l’aménagement des espaces publics dans les villes africaines alors qu’ils sont les plus utilisés et sollicités par les habitants ? « Liaisons urbaines » aborde à sa façon cette question ; en menant dans trois villes du continent des actions de terrain qui réunissent recherche, projet et réalisation, et associent utilisateurs des lieux, opérateurs culturels et concepteurs locaux : architectes, designers, paysagistes, plasticiens et autres inventeurs. Les villes africaines, qu’elles soient historiques ou récentes, continentales ou côtières, vallonnées ou planes, se rejoignent par la concentration des activités quotidiennes dans leurs espaces extérieurs. Voies, places, terrains, terre-pleins ou talus sont continûment investis par les échanges sociaux, économiques et culturels. Ces espaces participant de la voirie sont parfois des « lieux », car ils sont inscrits dans l’histoire, habités et reconnus. Ce sont parfois des espaces résiduels, qui ne tardent pas à trouver des usages transitoires ou pérennes. Dans leur diversité, les villes africaines, révèlent des paysages en évolution accélérée. Dans l’apparente répétition du quotidien, elles se transforment et apparaissent un jour comme renouvelées. Elles s’étendent et s’aménagent au gré de constructions privées, bâtiments publics et infrastructures qui généralement négligent les espaces qui les relient. Pourtant, ce que l’on appelle de façon générique les « espaces publics » sont le foyer de la vie citadine africaine. Ils forment ces liaisons urbaines qui font que la ville est d’avantage qu’une juxtaposition de fonctions et d’intérêts particuliers.

La ville se fait à plusieurs échelles

« Liaisons urbaines » choisit de s’inscrire dans la proximité  urbaine, celle des rues et des quartiers, pour transformer des espaces du  quotidien. Ainsi, nous nous orientions vers des sites aux utilisateurs et gestionnaires identifiés et sensibles à cette démarche, ce qui favorise la prise en charge des aménagements dans le temps. D’autre part, nous privilégions des surfaces de dimension raisonnable (jusqu’à 1 000 m2) qui peuvent être requalifiées avec des budgets contraints et dans des temps courts (un an au maximum pour l’ensemble des phases actives). Pour cela, l’identification du « bon » espace est un moment déterminant. Nous savons que le local et la proximité sont à la mode mais notre motivation est autre.  L’échelle locale nous paraît opérante pour ce projet expérimental car les coûts, la durée et la technicité des interventions semblent plus aisés à maîtriser.  De plus, des actions ponctuelles bien pensées peuvent avoir des répercutions relativement rapides en terme d’agrément d’usage et de qualité visuelle. « Liaisons urbaines » privilégie donc une logique d’actions ponctuelles qui, quand elles s’additionnent, peuvent à terme créer un maillage de l’espace urbain. Lequel agit en complément des grands gestes urbains plus techniques et onéreux, touchant des périmètres plus vastes et se déroulant dans des temps plus longs. À travers le continent, on peut remarquer des approches qualitatives de la question des espaces publics. Dans des villes aussi différentes que Yaoundé, Bamako ou Nairobi on peut voir quelques traitements urbains et paysagers qui ont le souci des usages locaux comme de l’intégration à la ville.

Traitement paysager et mobilier urbain

Cela encourage à explorer des voies alternatives au tout-venant des aménagements de voirie, des traitements paysagers et du mobilier urbain. Au delà, il s’agit de sensibiliser les maires et décideurs africains à l’importance à apporter à la qualité des paysages urbains. Pour cela, il est nécessaire d’associer sur des actions concrètes, habitants, opérateurs culturels et concepteurs africains. Architectes, designers, plasticiens, paysagistes et autres inventeurs, issus de ces villes, qui doivent être sollicités et participer à la fabrication du cadre de vie urbain.

Franck Houndégla, directeur artistique du programme

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