LE LIEU


LA PLACE AGONSA HONTO À PORTO-NOVO (BÉNIN)

Nourritures matérielles et spirituelles

1L’opération se concentre sur les activités de restauration de rue. Le site retenu est la place vodoun  Agonsa honto espace de 1 000 mètres carrés situé à la limite des quartiers Adjina et Ouenlinda.

On peut dire de cette place qu’elle relie nourritures matérielles et spirituelles. C’est un espace cultuel qui accueille à sa périphérie des activités de vente de vivres, cuisine et restauration. Située sur le domaine public mais gérée par une collectivité familiale. Elle fait partie d’un réseau de places Vodoun qui structurent le tissu urbain de Porto-Novo.

Ces places sont aménagées par les populations pour organiser les rites et les cérémonies vodoun. Elles sont peu visibles et appartiennent à des lignages Yorouba, Goun Mahi et autres qui sont venus respectivement des anciennes cités d’Oyo (dans l’actuel Nigéria) et d’Adja Tado (dans l’actuel Togo) pour fonder le royaume de Hogbonou (actuelle ville de Porto-Novo).

Comment l’avons nous identifiée ? Avec Gérard Bassalé, coordinateur artistique de l’opération, nous avons sillonné les quartiers de Cotonou et de Porto-Novo à la recherche d’un site approprié au projet en terme de situation, visibilité, type d’activités, implication de communautés locales et potentiel de prise en charge des aménagements. Parmi les différents sites qui nous ont intéressés nous avons choisi celui qui réunissait l’ensemble de ces qualités.

Nous avons rencontré les parties impliquées dans la gestion de la place (collectivité familiale Agonsa Sessou de Dravo, municipalité de Porto-Novo, commerçantes) et effectué un travail de documentation du site : prises de vue et filmage, observation directe, rencontres avec différents utilisateurs de la place, relevé des éléments physiques et bâtis, relevé des mobiliers et dispositifs de vente, inventaires des pratiques culinaires et des mets, etc.

Ces différentes opérations ont produit des informations utiles à : mieux connaître le site et ses utilisateurs ; rédiger un cahier des charges ; concevoir et réaliser un projet ; rédiger un plan de gestion du site.

Points de vue sur le site et plan d’état des lieux (août 2012)

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Une place au sein d’un réseau urbain de places vodoun

Un article de Gérard Bassalé sur la place Agonsa Honto

Cette place fait partie d’un réseau urbain de places Vodoun qui structure la ville de Porto-Novo et qui sont aménagées par les populations pour organiser les rites et les cérémonies vodoun. Elles sont peu visibles et appartiennent à des lignages Yorouba, Goun Mahi et autres qui sont venus respectivement des anciennes cités d’Oyo (dans l’actuel Nigéria) et d’Adja Tado (dans l’actuel Togo) pour fonder le royaume de Hogbonou (actuelle ville de Porto-Novo).

Sur la place vodoun Agonsa, le culte est visible par la présence de certains végétaux caractéristiques tels que l’hysope africaine ou désséréti en goun, l’iroko ou lokoti en goun autour duquel est attachée une corde pour accrocher les vêtements des personnes mortes par incendie, accident, noyade et suicide, ou de divers éléments comme les offrandes et les sacrifices posés au pied de cet iroko, le portique ou awanou en goun à l’intérieur duquel se dresse un autel destiné à asseoir les divinités lors des cérémonies vodoun, le dieu protecteur du site appelé vodounlègba et un arbre d’ombrage le ficus barbelé qui se trouve en face du awanou.

Ce dispositif est soigneusement agencé pour les rites et cérémonies vodoun appelés hounwê  organisés périodiquement par les membres de la lignée de Dravo pour rendre hommage et honneur à leurs divinités.

A cette occasion les divinités sont portées du couvent sur la place vodoun par les adeptes appelés Avocê. Ces derniers sortent par la porte qui donne accès sur le portique et sur la place vodoun. Ils passent entre les hysopes africaines ou tournent autour d’elles pour être purifiés, ils se dirigent ensuite vers le vodounlègba pour faire des rituels afin de mieux communiquer avec les dieux et enfin ils exécutent des pas de danse sacrée sur la place. Une procession est également organisée dans le quartier accompagné du prêtre vodoun appelé hounon qui dirige les cérémonies et des vodounsi ou adeptes vodoun.

Les cérémonies hounwê sont des occasions pour le public non initié de découvrir les chants et danses sacrés tenus secrets dans les couvents vodoun. C’est également un moyen d’assurer l’unité et la cohésion sociale au sein du lignage auquel l’ancêtre-dieu a donné naissance. La place vodoun représente pour les populations le lieu par excellence de communion, de transmission de la mémoire collective et de reconnaissance identitaire. Les responsables qui ont en charge ces sites sont les garants de la transmission des traditions entre les générations par le biais des cérémonies hounwê.

Des activités de restauration

3Les activités de vente de vivres, de préparation et de restauration sont ici complémentaires : on peut acheter ou consommer sur place du pain, des légumes, des condiments, des fruits ou des mets préparés.

Les activités des  » bonnes dames  » sont localisées sur des mobiliers ou dans de petites architectures. Certaines, dont l’équipement est constitué d’accessoires et de petit mobilier, se déplacent sur le site en fonction de la course ou de l’intensité du soleil.

Les supports sont divers selon les marchandes :

- des hangars et appentis en structure bois et couverture tôle qui intègrent un plateau qui sert à présenter la marchandise,

- un espace en semi-dur  – dalle béton sur laquelle sont montées des parois latérales et une couverture en bambou – où prend place un maquis,

- des magasins de stockage en dur (maçonnerie ou métallerie),

- des matériels : bidons d’eau, foyers à charbon, fourneaux à gaz, contenants isothermes (type bouteille thermos, glacières…) qui contiennent des préparations chaudes ou froides,

- des mobiliers et accessoires : tabourets en bois, paniers en matières végétales, des bassines en acier émaillé et en plastique coloré, des tissus en coton pour protéger les aliments exposés à la poussière comme le pain, plats, couverts, ustensiles..

Tout chaud !

Un billet de Joseph C E Adandé 

Porto-Novo, capitale de la République du Bénin, vieille ville où on peut sentir une âme à travers les rues en dédales, les murs de terre de barre, les jalousies afro-brésiliennes. Certaines de ces rues ont été pavées pendant la période coloniale ; d’autres laissées à la discrétion des Zangbeto et des jeunes.

Dans cette ville retentissent de temps en temps des cris plus ou moins modulés : TOUOUOUOUOU….CHOOOOOO ! Ado YOOO !!! Xwévi moyo !!! « Mè dokpo mon non zon, mi wa yin awon lin »… Vous avez bien entendu « Tout chaud ». « Pissez dru » ! « Poisson moyo »…On ne se promène pas seul, venez donner du mouvement à votre nez ! »

Dans l’air toujours chaud ou à tout le moins saturé dune humidité conservatrice des parfums, vos narines sont effleurées par divers fumets et les connaisseurs vous renseignent qu’il s’agit d’un mélange d’odeurs de « poulet bicyclette » braisé, de poisson frais en sauce ou encore de « dja », cette friture typique au sud du Bénin et qui va si bien avec les haricots cuits. Oui, le porto-novien ne doit pas nécessairement attendre d’être rentré chez lui pour manger et bien le faire. Tenez, le taux d’anémie dans cette ville est un des plus faibles du pays parce que justement les haricots apportent à l’organisme du fer. Ne sommes nous pas au pays des Zangbeto ?

Parmi les lieux où vous pouvez vous restaurer, j’ai choisi de vous conduire à Agonsa Honto. Je vous promets que vous vous régalerez « chez Hounyo » de télibo, d’Eba, d’Agbéli, de wo et de diverses sauces toutes aussi appétissantes les unes que les autres. Et si cela ne vous plaît pas, vous pourrez manger du azingokuin, du abobo, du riz et du dja. Mais attention ! si vous ne vous dépêchez pas, vous risquez de ne plus rien trouver. Je vous aiderai à savoir de quoi vous vous nourrissez et si le cœur vous en dit, vous pourrez, chez vous, essayer l’une ou l’autre recette. Mais n’essayez pas, non, n’essayez surtout pas d’imiter les cris publicitaires des porto-noviens, vos voisins pourraient vous conduire dans un hôpital psychiatrique pour démence précoce…